Humeur : /
Musique : The Flaming Lips – The Sound of Failure
Pas de mesquineries contre nos amis les chinois aujourd’hui. Je me suis posée beaucoup de questions hier soir alors que j’étais couchée, il y avait une tempête dehors et ça m’a empêché de dormir, un arbre est même tombé.
Quel est l’intérêt pour moi de rester ici ?
Ça fait 2 semaines et j’ai eu envie de partir dès les premiers jours. Je ne voulais pas me l’avouer vraiment, mais c’est une impression qui ne trompe pas. Rien ne se passe comme je l’espérais, mon stage, ma vie ici, mes relations avec les gens ici… rien. J’ai envie d’abandonner, de rentrer chez moi et d’oublier ce qui s’est passé, ou plutôt d’oublier qu’il ne s’est rien passé.
Ça fait 2 semaines et mon maître de stage a discuté 2 fois avec moi, maintenant il est en vacances et il me laisse sans rien. Il a beau me dire qu’il va appeler, m’envoyer des mails et que Fabien s’occupera de moi, je sais très bien que ça ne se passera pas comme dans le monde des bisounours. Fabien il a les dents contre Nicolas, il a beaucoup de travail et il a autre chose à foutre de s’occuper de moi, donc je pense qu’il ne va pas s’occuper de moi. S’il pouvait pas s’occuper de moi, parce qu’un stagiaire c’est quand même très dépendant, eh bah il fallait pas qu’il prenne un stagiaire le Nicolas.
Mon père m’avait dit que Kengzi c’était pas intéressant, je ne pensais pas que ça l’étais à ce point. Ni que Shenzhen n’était pas intéressante non plus. La seule parenthèse positive et intéressante que j’ai eu dans ce séjour, c’est Hong-Kong, et maintenant que j’y ai été, tout me paraît encore plus fade sur le continent.
Pourtant j’ai envie d’aimer ce pays, je sais qu’il y a des choses merveilleuses à y voir, que c’est une culture vraiment unique et j’ai envie de la découvrir, mais ici rien n’est laissé à l’ancien, l’important c’est le développement au risque de tout sacrifier, c’est les grands immeubles moches qui poussent sans cohérence et une ville qui grandit comme un espèce de champignon, qui pousse, qui pousse, qui pousse sans arrêt. Au-delà il n’y a rien.
Ça fait 2 semaines et ce que je supporte le moins c’est la censure. Je ne pensais pas que ça me dérangerait autant, ni qu’elle était aussi forte, le moindre média de communication est bloqué : facebook, youtube, dailymotion, les plateformes de blogging comme wordpress, 80% des images qui tournent sur le net… Et pour beaucoup sans logique apparente : pourquoi Deezer ? C’est pas comme si ça menaçait la pérennité du régime chinois. Je sais qu’en ce moment ça va mal, avec Urumqi, d’où la censure qui est encore plus violente (et visible), mais merde quoi, ça m’énerve tellement ce système de pensée. La Chine n’est PAS un pays développé ou en passe de l’être, il n’y a pas que l’économie et le fric qui compte pour qu’un pays soit « développé » à mon sens, un pays doit avoir une âme, sa population doit vivre librement et sereinement en son sein, ne pas craindre sa police sous prétexte qu’elle peut te tabasser sans raison apparente, doit pouvoir communiquer, refaire le monde si elle le veut, doit pouvoir choisir…
Mais y’a rien de tout ça dans ce pays. J’ai tellement envie qu’elle éclate, cette Chine hypocrite et égocentrique qui se prends pour le centre du monde. L’augmentation du niveau de vie est associé à l’augmentation des attentes de la population et il est, pour moi, absolument impossible qu’un pays soit économiquement très avancé ET totalitaire. Il n’y a… quoi ? que 20% du pays qui est vraiment en voie de développement, le reste vit dans la misère, et on voit déjà que ça éclate un peu partout. Parce que comme le dit Maslow, une fois les besoins primaires de survie/sécurité satisfait, l’individu a besoin d’assouvir des besoins supérieurs d’affirmation de soi, des besoins plus « politiques ».
« Les chinois pensent collectivement ». Parce qu’on leur a appris à penser de cette manière, on les y a forcés. L’individu par nature pense d’abord à Lui et est purement égoïste, pour sa survie, et parce qu’il interagit il finit par penser aux autres, mais toujours à Lui en premier. Hobbes nous a très bien appris ça. Ce qui est fait peut-être défait, et si on laisse les chinois un peu libre, le « tout collectif » disparaîtera, aussi bien qu’il a disparu en Russie. Il n’y a aucune raison pour que le peuple chinois (qui est composé d’une multitude de peuples de toute façon) soit différent des autres.
Alors venir en touriste en Chine et admirer son glorieux passé, oui, ça je veux le faire, je veux parcourir le pays et voir ses beautés. Mais le reste je m’en fous, ça ne m’intéresse pas, on a mieux su gérer la modernité en Occident. Je peux dire que même le Japon a mieux su le gérer, parce qu’il n’a pas coupé avec sa culture. Un pays doit savoir gérer son passé et son avenir en même temps.
Je n’aime pas la Chine d’aujourd’hui. Et tout ce qui m’entoure est l’avatar de la Chine moderne. Donc je veux partir. Mais aller à Pékin me coûte malheureusement trop cher, aller où que ce soit me coûtera trop cher je crois.
J’accorde encore une semaine à ce stage de merde qui n’en est même pas un, en fait, et si rien n’évolue, j’abandonne tout. Je change ma réservation d’avion et je rentre en France. Parce que si au bout de 3 semaines ça ne m’a rien apporté, alors ce stage ne m’apportera rien du tout. Tant pis pour mon CV, pour mes pauvres 2 crédits de plus, tout ça n’était vraiment qu’une erreur, j’aurais dû faire un stage dans ce qui m’intéressait vraiment plutôt que de l’utiliser comme un prétexte, au final je suis cantonnée à ce stage inintéressant et je ne peux rien faire d’autre que de me morfondre. Vraiment aucun intérêt, je perds mon temps. J’aurais dû m’en douter. Je n’aime pas l’économie pour rien, ce monde là me donne envie de vomir, « l’entreprise ». Je suis contente que ça existe parce que ça m’apporte un certain niveau de bien-être (je suis très consciente de ma dimension de consommatrice), mais je ne veux pas avoir à faire à ce monde de l’intérieur, je veux l’ignorer et je vivrais très bien comme ça.
En fait je ne sais pas si je vais réussir à tenir une semaine.